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Vote Front national et chômage : détail par commune

A la suite de notre article précédent analysant la relation pouvant exister entre le vote Front national au premier tour des élections régionales 2015 et différents indicateurs démographiques, économiques et sociaux, il est apparu que le taux de chômage était la variable présentant le lien le plus net avec le niveau du vote Front national par département.

Aussi, grâce aux données du ministère de l’Intérieur sur les votes par commune, il semble intéressant de préciser cette relation. Le graphique ci-dessous permet ainsi d’étudier cette relation entre chômage et vote Front national à l’échelon communal.

Plusieurs précisions méthodologiques s’imposent :

  • hélas, et c’est le principal écueil de cette analyse, l’Insee ne propose pas de données sur le chômage au niveau communal plus récentes que celles de 2012 ; or, comme l’indique l’économiste François Gourio sur l’échelon départemental entre 2002 et 2012, et ainsi que nous le relevions dans notre article précité entre les régionales 2010 et 2015, l’importance de la relation entre le chômage et le vote FN semble s’être accrue avec la crise ; pour mesurer pleinement cette relation dans le cas des régionales, il faudrait donc disposer de taux de chômage communaux de cette année (taux qui ont bien sûr sensiblement augmenté depuis 2012) ;
  • par ailleurs, dans sa base de données sur l’emploi et le chômage au niveau communal, si l’Insee indique bien qu’il est possible de rapprocher les données sur le nombre de chômeurs et la population active pour en déduire un taux de chômage, l’institut précise que celui-ci diffère de la méthodologie de calcul du taux de chômage au sens du BIT, en surestimant notamment le nombre de personnes au chômage ;
  • enfin, il est recommandé la plus grande prudence méthodologique quant aux données de l’emploi des petites communes (dont plusieurs dizaines ont par ailleurs disparu depuis 2012, en tout cas dans le fichier du ministère de l’Intérieur, probablement par regroupement de communes).

Les lecteurs peuvent néanmoins s’approprier les données massives présentées en un seul graphique interactif ci-dessous (vous pouvez sélectionner la taille des communes en utilisant le filtre par nombre d’inscrits – celui-ci déterminant la taille du carré représentant chaque commune -, ainsi que les régions et les départements de votre choix, ou les couleurs de la légende par région pour faire apparaître seulement l’une d’elles ou au contraire l’exclure de la visualisation ; il est possible de revenir à tout moment à la visualisation de départ en utilisant la commande « réinitialiser » en bas du graphique).

Malgré les imperfections évoquées ci-dessus, cette étude permet de réitérer l’existence d’un lien net entre taux de chômage et vote Front national, au moins pour les collectivités d’une certaine taille. Un lien dont l’intensité est toutefois très variable selon les régions : par exemple, il fonctionne relativement mal en Ile-de-France, où le FN enregistre des scores inférieurs à sa moyenne nationale, mais aussi en PACA, où il est au contraire très fort.

Enfin, il reste à rappeler que d’autres facteurs pourraient expliquer la relation mise en évidence, par exemple une autre variable elle-même corrélée avec le taux de chômage – même si les autres données sociales testées dans l’article précédent à l’échelon départemental étaient en fait moins explicatives que celui-ci. Et naturellement, bien d’autres éléments extra-économiques et extra-sociaux concourent au vote Front national, comme par exemple des données propres à l’histoire politique et électorale de chaque territoire, les modes de scrutin et les questions institutionnelles, ou encore l’offre politique locale et nationale. Ce qui conduit d’ailleurs à observer des niveaux très différents du vote d’extrême-droite dans les pays européens, qui ne sauraient s’expliquer uniquement par des données économiques et sociales.