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Taxis et VTC : un marché saturé à Paris, une régulation indispensable

 

Facta publie une étude inédite sur le marché des taxis et des VTC dans les grandes métropoles, centrée sur le cas parisien. Commandée par des acteurs français du taxi et du VTC, cette étude  globale, à la fois empirique et théorique, présente de très nombreuses données nouvelles ou peu exploitées sur la situation de ce marché, ainsi qu’une analyse théorique complète de cette problématique.

 

Plusieurs conclusions majeures ressortent de cette étude :

 

  • Le marché parisien des taxis et VTC est aujourd’hui saturé, l’offre étant même probablement excédentaire du fait d’acteurs exerçant encore de manière illicite en région parisienne. L’offre licite, d’au moins 30 000 véhicules et 40 000 chauffeurs, a considérablement augmenté au cours des dernières années, à la fois dans le taxi à partir de 2008 (il n’y a jamais eu autant de taxis parisiens rapportés à la population concernée depuis la guerre), et surtout avec l’offre nouvelle de VTC. Taxis et VTC représenteraient aujourd’hui environ un quart du trafic automobile parisien, alors même que la vitesse de circulation moyenne est à son plus bas dans la capitale française.

 

  • Il n’y a donc pas de potentiel de croissance ou de gisements d’emplois supplémentaires dans ce secteur à Paris, contrairement à certaines extrapolations biaisées des situations observées par exemple à Londres et à New York. Au contraire, les données disponibles sur ce secteur d’activité en France et en région parisienne, comme les comparaisons appropriées avec Londres et New York confirment que le marché parisien des taxis et VTC est aujourd’hui saturé.

 

  • L’émergence soudaine de nouveaux acteurs du VTC a représenté un choc d’offre quantitatif à Paris comme dans beaucoup d’agglomérations, qui s’est traduit pour l’essentiel par une substitution de parts de marché au profit de ces acteurs et au détriment de ceux qui préexistaient, notamment les taxis, et non par une croissance du marché. L’activité globale du secteur des taxis et des VTC apparaît en effet à peu près stable sur la période récente, à Paris comme à Londres et New York, mais elle est désormais partagée entre un nombre beaucoup plus importants d’acteurs.

 

  • Cette forte croissance de l’offre pour un volume d’activité globale inchangé se traduit par une paupérisation des chauffeurs de taxis coexistant avec une population nouvelle et précaire de chauffeurs de VTC, dont l’exercice paraît difficilement viable pour tous dans le respect des réglementations en vigueur. Ainsi, un autoentrepreneur au plafond d’activité autorisé dans le cadre de ce régime dégagerait un revenu mensuel net proche du RSA, et inférieur aux commissions perçues par les plateformes d’intermédiation. Seules des situations de distorsions de concurrence ou le non-respect de la réglementation sont donc de nature à permettre aujourd’hui l’existence d’une partie de cette offre nouvelle.

 

  • L’atonie de la demande s’explique par les caractéristiques propres au marché très particulier des transports urbains et par la richesse et le développement des modes de transport proposés dans les métropoles étudiées. Ainsi, le nombre de déplacement par personne dans ces agglomérations est très stable au fil des décennies, le total des déplacements progressant donc à peu près comme la population. Seuls des reports modaux sont constatés, au profit notamment des transports en commun ainsi que, là où c’est possible, de la marche et du vélo, et au détriment de l’automobile. Taxis et VTC représentent une part relativement faible de l’ensemble des transports urbains – au plus 1% -, qui tend à se stabiliser ou à décroître légèrement.

 

  • Le secteur des taxis et des VTC fait l’objet de régulations importantes et finalement assez convergentes à travers le monde: des taxis ayant le monopole de la prise en charge dans la rue et en station, et dont l’offre et les prix sont régulés, et un secteur de la réservation préalable moins contraint, avec des VTC aux prix libres et non contingentés. Ces régulations ont de nombreux fondements théoriques, comme la nature de bien public de la chaussée, une ressource rare en zone urbaine, l’ordre public, l’information des clients… Les expériences passées de dérégulation ont conduit à des phénomènes de surpopulation et de paupérisation des chauffeurs, de turn-over très élevé, de problèmes de sécurité et de qualité de service, amenant le plus souvent à un rétablissement de régulations directes ou indirectes. Les modèles théoriques prenant notamment en compte les effets de l’offre de taxis et de VTC sur la congestion montrent qu’au-delà d’un certain seuil, une croissance de la flotte de véhicules est nuisible à la collectivité sans parvenir à servir une demande plus importante.

 

  • La réglementation aujourd’hui en vigueur en France paraît relativement souple, adaptée à la coexistence de deux catégories d’acteurs aux droits et contraintes distincts, et conforme aux préconisations des travaux théoriques. Pour qu’elle soit effective et ne conduise pas au développement d’une concurrence déloyale et d’une offre trop excédentaire, la connaissance des données relatives aux revenus des chauffeurs de VTC et à leur retrait de la chaussée en l’absence de réservation préalable paraît indispensable.

 

Cette étude a été commandée par la Chambre syndicale nationale des entreprises de remise et de tourisme / Fédération des voitures de tourisme avec chauffeurs (CSNERT), la Fédération nationale des taxis indépendants (FNTI), Gescop et l’Union nationale des industries du taxi (UNIT).

 

Version française du rapport

Rapport Facta Taxis VTC 2016 – FR

 

Version anglaise du rapport

Rapport Facta Taxis VTC 2016 – EN

 

Les graphiques du rapport en version interactive