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Retour sur l’incroyable élection présidentielle américaine de 2016

Donald Trump va donc devenir officiellement le 45ème président des Etats-Unis ce vendredi 20 janvier.

Mais vous ignorez peut-être à quel point son élection inattendue en novembre 2016 est hors-norme.

1. Pour la cinquième fois dans l’histoire, un président battu aux voix remporte l’élection

Cela, vous l’avez sûrement entendu à de multiples reprises. Si Donald Trump a triomphé en remportant la seule chose qui importe dans le système institutionnel américain, à savoir un plus grand nombre de grands électeurs, il est nettement minoritaire en voix.

Une situation qui n’est pas inédite, mais tout de même relativement rare : c’est la quatrième fois de l’histoire américaine. Et seulement la deuxième fois dans l’histoire récente, après la victoire à l’arraché de Georges W. Bush contre Al Gore en 2000.

L’écart entre les deux candidats est toutefois bien plus important cette fois : Hillary Clinton a plus de 2 points et près de 3 millions de voix d’avance sur Donald Trump, contre 0,5 point et un peu plus de 500 000 voix à l’avantage d’Al Gore 16 ans plus tôt. Or, paradoxalement, la victoire de Trump au sein du collège électoral est très large, alors que Bush ne l’avait emporté en 2000 que sur le fil, grâce au basculement de la Floride en sa faveur pour quelques centaines de voix.

Les deux autres précédents strictement similaires remontent au XIXème siècle. En 1888, Benjamin Harrison a remporté le collège électoral malgré 0,8 point de voix de moins que Grover Cleveland. En 1876, Rutherford B. Hayes a été élu président avec un grand électeur de plus que Samuel Tilden et un retard de 3 points dans le vote populaire. Une situation qui créa une telle tension, aux lendemains de la guerre de Sécession, qu’il fallut un accord politique global pour la résoudre, connu sous le nom de « compromis de 1877 », avec notamment le retrait des troupes fédérales des anciens états sudistes en échange de la reconnaissance de l’élection de Hayes.

A noter que pour ces quatre élections, le minoritaire en voix finalement élu a toujours été un républicain, et le perdant un démocrate.

Enfin, en 1824, la situation fut distincte des quatre cas évoqués ci-dessus. Andrew Jackson avait obtenu le plus de voix et de grands électeurs, mais ils étaient quatre candidats, d’ailleurs issus du même parti, à se partager le collège électoral, sans majorité absolue pour Jackson. Conformément à la Constitution, une élection spécifique fut donc organisée au sein de la Chambre des Représentants entre les trois premiers du scrutin. Les parlementaires se portèrent majoritairement sur John Quincy Adams, soutenu par le quatrième de l’élection, qui souffla ainsi la victoire à Andrew Jackson, alors qu’il avait obtenu 10,5 points de voix de moins que celui-ci lors du vote populaire.

2. Clinton et Trump font moins bien qu’Obama et Romney en 2012, les petits candidats explosent !

Hillary Clinton a quasiment obtenu le même nombre de voix que Barack Obama en 2012 (à 70000 près), mais hausse des suffrages exprimés oblige, elle recule de 3 points par rapport à son score. Mais ce recul ne profite pas à Trump, qui fait 1,25 point de moins que Romney quatre ans plus tôt. En fait, les petits candidats, et notamment le libertarien Gary Johnson et l’écologiste Jil Stein, voir leur total progresser de 4,3 points, multipliant leur score agrégé de 2012 par 3,5 !

Dans un scrutin serré, cette dispersion des voix au profit des petits candidats a joué un rôle majeur, illustrant certainement la désaffection d’une part de l’électorat pour les candidats sélectionnés par les deux grands partis.

3. 78 000 voix bien placées auraient suffi à Clinton pour gagner…

Même si elle perd largement le collège électoral, Clinton est battue de peu dans plusieurs « swing states », en particulier le Michigan, la Pennsylvanie et le Wisconsin. Un cumul de seulement 78 000 voix d’avance sur ces trois Etats pour Trump, alors que Clinton aurait été élue si elle les avait emportés.

A contrario, elle dispose comme prévu de marges considérables sur son adversaire dans certains états, et notamment près de 4,3 millions de voix d’avance en Californie, 1,7 million dans l’état de New York… Des écarts en partie stériles, puisqu’elle aurait eu le même nombre de grands électeurs avec des avances beaucoup plus faibles.

La géographie électorale américaine permet ainsi d’avoir ce hiatus entre le résultat en voix et celui en grands électeurs car l’avance du républicain est bien mieux répartie entre états que celle de la démocrate. La plus forte marge en voix de Trump est au Texas, avec environ 800 000 voix d’avance, alors que Clinton dispose d’avances supérieures à ce niveau en valeur absolue dans quatre états (par ordre décroissant, Californie, New York, Illinois, Massachusetts).

4. Dans ces états clés, les petits candidats font beaucoup plus de voix que l’écart Clinton-Trump!

Non seulement Clinton perd plusieurs états clés avec une petite marge, mais en plus elle aurait pu l’emporter assez aisément si elle avait été capable de séduire l’électorat qui s’est déporté sur les petits candidats et lui a donc fait défaut. Ces votes, qui ne sont pas portés sur les candidats républicain et démocrate et ont bondi par rapport à 2012, étaient largement en mesure de faire la décision dans au moins cinq états remportés par Trump, et qui lui ont donné la victoire.

5. Les évolutions en faveur du candidat républicain particulièrement fortes dans le Midwest et la « Rust Belt »

Trump resserre l’écart ou le creuse par rapport aux performances de Romney contre Obama en 2012 dans de très nombreux états, mais plus particulièrement dans le Midwest, les Grands lacs et la Rust Belt, à l’exception notable de l’Illinois, l’état d’Obama, où Clinton résiste. Trump arrive ainsi à consolider deux états souvent indécis, l’Iowa et l’Ohio, tout en parvenant à faire basculer de peu les trois trophées qui lui donnent la victoire, le Michigan, la Pennsylvanie et le Wisconsin.

En revanche, les gains de Clinton sont stériles : s’il faut distinguer le cas particulier de l’Utah où le candidat local McMullin vient prendre beaucoup de voix à Trump, elle creuse l’écart par rapport à 2012 dans des états acquis comme la Californie, le Massachusetts ou le Washington, ou le réduit fortement dans des états trop difficiles à prendre pour les démocrates comme l’Arizona (proche de basculer), la Géorgie et le Texas.