Economie |

Quelques réalités méconnues du chômage de masse en France

Le chômage des jeunes est élevé, mais celui des seniors progresse beaucoup plus vite

L’accent est régulièrement mis sur le chômage des moins de 25 ans. L’un des fléaux contre lesquels les responsables politiques cherchent souvent à lutter avec les moyens les plus importants, notamment grâce aux contrats aidés. Cette fois encore, avec en particulier les « emplois d’avenir », la progression du chômage des jeunes semble avoir été contenue ces derniers mois – certes à niveau élevé -, malgré une hausse régulière de l’ensemble du chômage. De ce fait, les moins de 25 ans représentent aujourd’hui 14,5% des inscrits en catégorie A (métropole), pourcentage en décrue régulière depuis un niveau de 20% au printemps 2009.

En revanche, le chômage des seniors, dont on parle assez peu, est en pleine explosion. Ainsi, les plus de 50 ans sont fin janvier 2016 près de 900 000 en catégorie A (métropole), soit un quart du total des demandeurs d’emploi, contre un peu plus de 300 000 et seulement 15,6% des inscrits en janvier 2008.

Mais derrière cette poussée du chômage des seniors, il n’y a pas seulement une conjoncture très difficile et une pénurie d’emplois. Il y a également les effets directs du report de l’âge légal de la retraite à 62 ans. C’est ce qu’on observe avec le taux de chômage des plus de 60 ans.

Jusqu’en 2011, celui-ci est anecdotique, alors que le plus fort de la crise intervient pourtant en 2008-2009. Ne représentant encore que 0,5% du total des demandeurs d’emploi de catégorie A début 2011, ce chômage des plus de 60 ans bondit littéralement ensuite, pour représenter en janvier 2016 5,2% du total. Depuis début 2012, vraie cassure avec l’application du début du report de l’âge légal de liquidation des droits (formellement entré en vigueur au 1er juillet 2011, et s’échelonnant jusqu’en 2018), un nouveau chômeur sur quatre a plus de 60 ans

Le chômage de très longue durée atteint des niveaux inconnus

Avec une très longue période de crise ou de croissance faible, la progression du chômage a été presque ininterrompue depuis 2008. Mécaniquement, de telles périodes conduisent à une hausse de la durée moyenne d’inscription au chômage. Les niveaux atteints sont toutefois sans précédent, avec désormais une durée moyenne d’inscription dans les catégories A, B ou C de 574 jours fin janvier 2016, soit 1,6 année, alors que le « pic » précédent était resté inférieur à 500 jours.

Et même si le chômage devait reculer, cette durée moyenne continuerait certainement à progresser pendant un certain temps : les baisses du chômage se traduisent souvent par un phénomène « last in, first out », ceux qui retrouvent de l’emploi le plus vite étant également les inscrits les plus récents.

Ce phénomène de relégation d’une frange importante de la population en chômage de longue voire très longue durée s’observe d’ailleurs très clairement dans le détail. Ainsi, le nombre de chômeurs depuis plus de 3 ans progresse plus vite que l’ensemble plus large des chômeurs depuis plus d’un an, qui lui-même augmente plus rapidement que le nombre total de demandeurs d’emploi.

En janvier 2016, 45,4 % des demandeurs d’emploi en catégories A, B et C le sont depuis plus d’un an, et 15,1 % depuis plus de trois ans. Des proportions qui étaient respectivement de 32,7 % et 9,2 % en janvier 2008.

Un nombre record d’inscrits qui travaillent beaucoup

Phénomène curieux depuis de nombreux mois (et surtout depuis le printemps 2013), le nombre des demandeurs d’emploi en activité partielle longue (au moins 120 heures travaillées par mois, l’équivalent d’un 4/5èmes) augmente très rapidement. C’est encore plus vrai des seuls demandeurs d’emploi en catégorie C qui travaillent en fait à plein temps mais sont tout de même inscrits à Pôle emploi ! Ils sont ainsi 474 000 en janvier 2016 (soit 24,9% du total des inscrits en activité partielle – catégories B et C) alors qu’ils étaient seulement 182 000 en janvier 2008 (18% du total).

Pour expliquer cette bizarrerie, certains y voient l’effet de la hausse du recours aux CDD très courts ou des périodes d’essai, situations pendant lesquelles les individus préféreraient maintenir leur inscription à Pôle emploi, de peur d’être à nouveau très vite en recherche. Ou encore, ce serait le signe de situations insatisfaisantes conduisant ces « travailleurs-chômeurs » à poursuivre leur recherche d’un emploi plus stable ou qualifié.

Le chômage des cadres a moins progressé que la moyenne

Enfin, il est intéressant de se pencher sur l’évolution des demandeurs d’emploi par catégorie de qualification. De ce point de vue, les cadres semblent avoir un peu moins souffert que les autres catégories. Le nombre de cadres au chômage a bien sûr nettement augmenté, mais plus lentement que l’ensemble des demandeurs d’emploi. On observe qu’ils passent ainsi très vite d’environ 150 000 à 200 000 dès la fin 2009 (catégorie A, métropole, données brutes). Mais depuis, le nombre de cadres chômeurs n’a progressé « que » de 20%, autour de 240 000. Tandis que le total des inscrits en catégorie A a encore progressé d’un tiers après la fin 2009.

En janvier 2016, les cadres comptent pour 6,4% des inscrits en catégorie A (métropole, données brutes) contre plus de 7% en janvier 2008. A l’inverse, sur l’ensemble de la période, la catégorie dont le poids dans le total du nombre de chômeurs a le plus progressé est celle des employés qualifiés (43% des demandeurs d’emploi en janvier 2016).