×
Economie - Société | |

L’intégration des migrants par le marché du travail en Europe

Dans le débat actuel sur l’afflux des réfugiés dans l’Union Européenne, la capacité des pays membres à offrir du travail aux nouveaux arrivants est une question centrale. En effet, même si elle ne constitue pas une condition suffisante, l’intégration par le marché du travail est sans doute l’une des conditions nécessaires pour une intégration sociale réussie.

Comment mesurer alors la capacité du marché du travail à intégrer les nouveaux arrivants?

Si la question est à priori complexe, on peut commencer à l’appréhender par le taux de chômage qui fournit une mesure simple de cette capacité d’absorption. Encore faut-il regarder le bon chiffre, car dans les pays de l’Union Européenne, le taux de chômage varie énormément selon la nationalité des personnes. Comme le montre le graphique ci-dessous, le taux de chômage des personnes de nationalité étrangère non originaires de l’UE est plus du double de celui des nationaux.

La capacité d’absorption du marché du travail semble donc décroître rapidement quand le pays d’origine des migrants est situé en dehors du noyau dur de l’UE à 15. Elle reste toutefois correcte sachant que plus des trois quarts (80%) des actifs d’origine extracommunautaire sont parvenus à trouver du travail.

Si le taux de chômage actuel nous renseigne sur la manière dont ont été intégrés les flux passés, il ne peut pas forcément être extrapolé pour mesurer la capacité à absorber les flux actuels et à venir. Certains pourraient arguer que l’accroissement des flux de migrants devrait conduire fatalement à une augmentation de leur taux de chômage.

Le graphique suivant montre que la fatalité précitée n’opère pas vraiment dans l’UE car ce n’est pas dans les pays qui accueillent la plus forte proportion de migrants que leur taux de chômage est le plus élevé.

En fait, il n’y a pas de relation claire entre le poids des migrants extracommunautaires dans la population active et le taux de chômage qu’ils subissent.

En figurant la valeur médiane des deux variables (droites hachurées horizontale et verticale) sur le graphique, on s’aperçoit que parmi les 4 cas de figure imaginables, tous sont représentés :
• Faible proportion de migrants et faible chômage : Royaume-Uni et Norvège
• Faible proportion de migrants et fort chômage : Finlande, Belgique, Suède, France
• Forte proportion de migrants et fort chômage : Grèce et Espagne
• Forte proportion de migrants et faible chômage : Suisse, Autriche, Italie, Allemagne, Danemark

Ainsi, il n’y a pas de fatalité globale qui ferait augmenter le taux de chômage des migrants avec leur nombre.

En revanche, il existe bien des différences nationales dans la capacité à intégrer les migrants par le travail. Elles sont rendues particulièrement visibles par le contraste entre les deux modèles polaires d’intégration. D’un côté la France, la Belgique et la Suède qui enregistrent un très fort chômage des migrants extracommunautaires, alors que ces derniers n’ont qu’un poids faible dans la population active. De l’autre côté, l’Allemagne, l’Autriche, la Suisse et l’Italie où le taux de chômage des migrants extracommunautaires est relativement faible, alors qu’ils représentent une part beaucoup plus importante de la population active.

La France n’est donc pas un modèle d’intégration des migrants extracommunautaires par le marché du travail, si on en croit le taux de chômage. Ce fait est rendu encore plus saillant si l’on approfondit le diagnostic.

Le graphique suivant s’intéresse aux différences de situation vis-à-vis du marché du travail entre les étrangers d’origine extracommunautaire et les nationaux. Pour chaque pays de l’UE sont figurés deux chiffres : le différentiel des taux de chômage (i.e. le taux de chômage des étrangers moins celui des nationaux) et le différentiel des taux d’activité (i.e. le taux d’activité des étrangers moins celui des nationaux). Ce dernier mesure le pourcentage de la population en âge de travailler qui est active, c’est-à-dire soit occupant un emploi, soit recherchant un emploi (chômeurs). La population active inclut donc les chômeurs tout en excluant les étudiants et les retraités. Elle reflète donc en quelque sorte le potentiel d’emploi d’une population dans le cas hypothétique où tous les chômeurs trouveraient un emploi.

Le diagnostic sur les capacités d’intégration de la France par le travail est sévère. Tout d’abord, le chômage pénalise les migrants extracommunautaires bien plus qu’ailleurs : le taux de chômage des migrants est plus élevé de 16 points par rapport à celui des nationaux, alors que la moyenne de l’UE est à 10 points, soit une pénalité inférieure de 60% à celle qui prévaut en France.

Ensuite, la France est l’un des rares pays où les migrants non-originaires de l’UE sont moins actifs que les nationaux, alors que la tendance ailleurs est au contraire à un surcroît d’activité des étrangers (+ 5 points en moyenne par rapport aux nationaux). Ainsi, le potentiel d’emploi des étrangers extracommunautaires en France est inférieur à celui de bon nombre de nos voisins.

En conclusion, l’afflux de migrants extracommunautaires ne doit pas se solder fatalement par une augmentation du taux de chômage. En effet, dans la plupart des pays où le poids des migrants dans la population active est fort, le taux de chômage des migrants se situe à des niveaux parmi les plus faibles comme en Autriche, en Allemagne et en Suisse, ou médians comme en Italie. A l’inverse, des pays comme La France, la Belgique et la Suède qui comptent une faible proportion de migrants extracommunautaires, enregistrent des taux de chômage parmi les plus forts pour cette catégorie de personnes.

En définitive, la difficulté d’intégration ne serait pas consubstantielle aux migrants, mais bien aux caractéristiques des marchés de travail nationaux qui n’ont pas tous la même capacité d’absorption.

Certes, l’intégration ne se résume pas au taux de chômage et d’autres indicateurs devraient être pris en compte : salaires, qualifications et surtout la trajectoire complète du migrant comportant les transitions entre les différentes situations (chômage, intérim, CDD, CDI). Mais notre approche simplifiée, possède l’avantage de fournir une appréciation globale des chances des migrants de s’intégrer en trouvant un emploi.

En outre, si tous les pays en Europe ne possèdent pas un marché du travail capable de fournir du travail aux nouveaux arrivants, le nombre potentiel de migrants n’apparaît pas non plus comme un obstacle insurmontable pour l’Europe dans son ensemble. Même l’arrivée d’un million d’actifs nouveaux ne ferait passer leur poids dans la population active que de 5% à 5,6% dans l’UE à 15. C’est-à-dire bien en dessous de ce qui est enregistré depuis longtemps déjà par des pays comme l’Autriche, l’Italie ou en dehors de l’UE, par la Suisse.

L’absorption des migrants devrait être d’autant plus facile que le vieillissement démographique des pays européens réduira inexorablement la part des personnes en âge de travailler. Le graphique ci-dessous montre que sans immigration, la proportion de la population en âge de travailler (15-64 ans) s’effondrerait en Europe. Ainsi, en arrêtant tous les flux d’immigrés, il manquerait dans 20 ans, 29 millions de personnes en âge de travailler dans l’UE, dont 3 millions en France .

Notice
Etrangers : personnes résidant dans un pays, n’ayant pas la nationalité du pays en question. Par conséquent, les naturalisés ou enfants d’étrangers ayant la nationalité du pays d’accueil n’y sont pas intégrés.

Michal Zajac exerce en tant qu’économiste dans le secteur de l’assurance. Il a obtenu son doctorat en économie en 2013 et mène des recherches dans le domaine du financement des entreprises innovantes.


Le vrai bilan économique du quinquennat Hollande

  Dans le cadre de la campagne présidentielle en cours, le bilan du quinquennat qui s’achève est souvent étrillé par ceux qui furent les opposants de la majorité actuelle, comme par nombre d’observateurs.

Le chômage recule, mais la réforme des retraites pèse lourd

Après la publication par l’Insee d’un taux de chômage en recul de 0,3 point au deuxième trimestre 2016, beaucoup de commentateurs ont mis en doute la matérialité de cette baisse, invoquant par exemple la hausse du halo autour du chômage, le plan de 500 000 formations de demandeurs d’emploi actuellement mis en oeuvre ou même la pertinence du chômage au sens du BIT, la définition qui est utilisée pour déterminer le taux de chômage.