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Les Etats-Unis de retour au plein emploi ?

Le dernier rapport mensuel sur l’emploi aux Etats-Unis, publié vendredi 6 novembre, a été salué à juste titre : 271 000 créations nettes d’emploi en octobre, un taux de chômage à 5%, son niveau de décembre 2007. De quoi décider a priori la Federal Reserve, ainsi que l’ont tout de suite interprété les marchés financiers, à remonter enfin ses taux d’intérêt tant la situation semble s’approcher du plein emploi. Mais au regard d’autres indicateurs, la situation peut paraître plus complexe.

Retour à la situation d’avant-crise

Du point de vue du taux de chômage, l’affaire semble entendue : les Etats-Unis ont retrouvé le niveau d’avant la crise, même s’il a pu être parfois encore plus bas de quelques dixièmes de points en 2006-2007, période justement considérée comme celle d’une surchauffe de l’économie américaine avant l’éclatement de la bulle.

Lorsqu’on s’intéresse au nombre total d’emplois de l’économie, on observe depuis 2010 une tendance très régulière de créations nettes, à un rythme qui semble correspondre à celui que connaissait l’économie américaine jusqu’à la mi-2006, avant de s’essouffler à l’approche de la crise.

Mais justement, il n’est pas supérieur à ce rythme-là, et ne permet donc pas de combler les emplois perdus pendant la période de la crise : il y a un déficit d’emplois par rapport à 2007 s’il n’y avait pas eu de crise et si la tendance aux créations d’emplois n’avait pas été interrompue.

Des indicateurs moins favorables

En s’interrogeant sur la pertinence du taux de chômage très bas malgré des emplois moins nombreux qu’avant par rapport à la population en âge de travailler, beaucoup ont mis en avant le taux de participation au marché du travail américain. Le déclin de celui-ci est assez impressionnant, laissant supposer que beaucoup d’Américains se sont tout simplement retirés du marché du travail : ils ne seraient pas comptabilisés comme chômeurs car ils auraient arrêté de chercher un emploi sans en avoir trouvé.

Toutefois, cette statistique est largement faussée : portant sur tous les 16 ans et plus, elle est affectée par le vieillissement important de la population américaine. Il y a en effet de plus en plus de retraités dans cette population.

Néanmoins, en prenant un agrégat plus large que le strict taux de chômage, on observera que la part de la population active pleinement revenue dans l’emploi reste supérieure à son niveau d’avant crise d’au moins un point. Sur ce périmètre plus large, le taux de chômeurs et assimilés atteint encore près de 10% de la population active, même si la tendance est identique à celle du seul taux de chômage.

De surcroît, le nombre de personnes hors de la population active (c’est-à-dire ayant un emploi ou en cherchant un) mais déclarant vouloir un emploi n’a que peu diminué depuis la crise. On trouve ici près d’1,5 million de personnes non incluses dans les statistiques américaines du chômage, mais qui le seraient probablement dans d’autres pays où l’inscription au chômage est plus automatique compte tenu des avantages sociaux qu’elle ouvre.

Dernier indicateur scruté de près, l’évolution des salaires. A priori, en situation de plein emploi, les salaires augmentent rapidement. Or, pour l’instant, malgré une augmentation significative en octobre, l’évolution du salaire horaire moyen reste inférieure à 2,5% sur un an, un niveau plutôt faible et qui ne correspond pas aux niveaux habituels en situation de plein emploi – même si la très faible inflation actuelle doit être prise en compte pour apprécier l’évolution des salaires en termes réels.