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Hollande-Sarkozy : qui a fait le pire en matière de chômage ?

La hausse considérable du chômage en France depuis début 2008 génère analyses et controverses sur les bilans respectifs de la gauche et de la droite sur ce front.

Comment comparer à ce sujet les mandats de Nicolas Sarkozy et François Hollande ?

Nombre de demandeurs d’emploi : tout dépend du point de départ

Si l’on s’intéresse à la variation du nombre de demandeurs d’emploi (les inscrits en fin de mois à Pôle emploi), le mandat de François Hollande apparaît jusqu’à présent pire que celui de Nicolas Sarkozy. A noter toutefois que l’écart est relativement faible sur la seule catégorie A, tandis qu’il est beaucoup plus net sur le périmètre élargies aux catégories B et C, celles intégrant l’activité partielle (plus ou moins de 78 heures par mois). Un effet qui peut se comprendre par une hausse de l’activité à temps partiel, qui se serait accrue au cours des derniers trimestres.

Toutefois, ce graphique montre bien la spécificité du mandat de Nicolas Sarkozy en matière de chômage, puisque celui-ci diminue assez nettement les premiers mois suivant son élection. Ce qui peut faire dire à certains que cette période, qui correspondrait à la fin d’une phase de croissance pas directement imputable au nouvel élu, ne doit pas être prise en considération. En décalant l’analyse au début de la remontée du chômage, au printemps 2008, le bilan de Sarkozy apparaîtrait alors plus lourd que celui de Hollande, surtout pour la seule catégorie A.

Taux de chômage : hausse plus forte sous Sarkozy

Si l’on s’intéresse au taux de chômage, une mesure qui a l’avantage, par rapport au nombre de demandeurs d’emploi, de prendre en compte l’évolution de la population active et de reposer sur une norme standardisée d’un point de vue international (taux de chômage au sens du BIT), le bilan du mandat Sarkozy est cette fois un peu plus dégradé que celui du mandat Hollande, tout au moins à ce stade.

Ce qui s’explique assez aisément par rapport à l’analyse en nombre de demandeurs d’emploi : d’une part, le taux de chômage a pour périmètre un ensemble assez proche de la catégorie A, et même a priori un peu plus resserré, pour lequel les écarts absolus entre les bilans Hollande et Sarkozy sont faibles ; d’autre part, le taux de chômage intégrant la hausse de la population active, il est moins défavorable à Hollande en comparaison de Sarkozy qu’une approche en chiffres bruts de demandeurs d’emploi, qui ne tient pas compte de cette augmentation de la population concernée.

Cette analyse est évidemment très amplifiée en faveur de François Hollande si on s’intéresse, comme précédemment, au mandat de Nicolas Sarkozy à partir du moment où le chômage remonte en 2008, en ignorant la première année de ce mandat au cours de laquelle le chômage poursuivait une tendance à la baisse.

Crise sous Sarkozy, activité atone pour Hollande

A contrario de ceux qui veulent confronter les bilans des deux présidents sur les seules périodes de hausse du chômage, ce qui pénalise évidemment Nicolas Sarkozy en lui retirant environ une année de baisse du chômage au début de son mandat, les partisans de l’ancien président insistent souvent sur la crise économique de 2008-2009 pour le défendre. Tandis que Sarkozy aurait fait face à un choc économique majeur et exogène, Hollande n’aurait pas cette excuse.

Si, en effet, la crise de 2008-2009 n’a pas eu d’équivalent ensuite, le rebond de l’activité a été net dans les trimestres suivants du quinquennat Sarkozy, jusque vers mi-2011. Depuis, en revanche, l’activité aura été longtemps stagnante, ne s’améliorant légèrement que récemment. Au point qu’à ce stade du mandat de Hollande, le niveau de l’activité a progressé à peine plus depuis son élection qu’il n’avait évolué, malgré le choc de la crise, sous Sarkozy.

Comparaisons européennes : avantage Sarkozy grâce à l’Europe du Sud

Par ailleurs, les partisans de Sarkozy estiment souvent que si la croissance est si faible sous Hollande, c’est bien la faute de sa politique. Tandis que l’ancien président aurait au contraire réussi à limiter les dégâts pendant son mandat. Et à ce titre, beaucoup font appel aux comparaisons européennes en matière d’évolutions du chômage.

Et de fait, tandis que la France connaissait un chômage plus élevé qu’en zone euro ou même que dans l’ensemble de l’Union européenne, en moyenne, en mai 2007, il y était plus faible en mai 2012… Alors que les choses se sont inversées depuis, avec un chômage désormais nettement plus élevé en France que celui de la moyenne de l’UE 28, et quasiment aussi élevé qu’en zone euro (d’autant que les données des deux derniers mois fournies par Eurostat, assez favorables à la France, sont des estimations qui devront encore être confirmées).

Mais ces comparaisons avec l’UE 28 et la zone euro tiennent en fait beaucoup à l’évolution du chômage dans les pays de l’Europe du Sud. C’est vrai par exemple de l’Italie, où le chômage a explosé à partir de 2011, et surtout de l’Espagne, dont l’énorme masse de chômeurs pèse lourdement sur les moyennes européennes. Or, ces pays ont connu une crise sans précédent jusque vers 2013, moment à partir duquel ils ont commencé à se redresser. D’où les évolutions relatives de leur taux de chômage et du taux français, sans réel rapport avec l’évolution de notre situation intérieure.

En revanche, si on compare la France et l’Allemagne, le mandat de Sarkozy traduit un creusement très fort des taux de chômage des deux pays en défaveur de la France, puisqu’il était plus faible chez nous de 0,7 point en mai 2007 mais plus élevé de 4,3 points en mai 2012. Depuis l’élection de François Hollande, l’écart n’a augmenté « que » de 1,4 point supplémentaire avec l’Allemagne.

Et outre l’Allemagne, Hollande fait également mieux ou moins mal que Sarkozy face à la Belgique, aux Pays-Bas, à l’Autriche, ou encore vis-à-vis de la Finlande. A l’inverse, l’amélioration sur le front du chômage entamée au Royaume-Uni fin 2011 aura surtout créé l’écart avec le chômage français sous le mandat Hollande.

Emplois salariés marchands : davantage de destructions sous Sarkozy

Pour finir la comparaison de ces bilans, il est intéressant de regarder la situation sur le front de l’emploi. Car si les données du chômage sont parfois difficiles à interpréter, notamment du fait de la fluctuation des comportements d’inscription et de recherche d’emploi à certaines périodes (influant donc sur le périmètre de la population active), les emplois créés ou détruits sont finalement des indicateurs plus robustes.

Sur le périmètre le plus commenté, celui de l’emploi salarié marchand, il y a eu davantage d’emplois perdus lors du mandat Sarkozy que lors de la présidence Hollande, tout au moins pour l’instant (avec un écart encore plus net si on met de côté la première année du mandat Sarkozy et le pic de l’emploi salarié atteint alors). Si Sarkozy a évidemment dû faire face au plus gros de la crise, force est de reconnaître que le rebond de l’emploi n’a été que très limité lors de la reprise qui a suivi. Quant à Hollande, l’essentiel des emplois perdus le sont en fait lors de la première année de son mandat… ce que ses partisans pourraient attribuer à son prédécesseur. Depuis le printemps 2013, l’emploi salarié marchand est quasi inchangé.

Au-delà, si les séries trimestrielles des autres emplois ne sont pas disponibles, on observe une hausse de l’emploi non-salarié très nette lors du mandat de Nicolas Sarkozy (au cours duquel fut créé le statut d’auto-entrepreneur), beaucoup plus faible depuis. L’emploi salarié non-marchand aura lui davantage prospéré sous Hollande. Globalement, tous secteurs et statuts confondus, les données annuelles au 31 décembre montrent une perte de 31 mille emplois entre 2007 et 2012, une hausse de 79 mille entre 2012 et 2014.