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Emploi et chômage des jeunes : attention aux erreurs d’interprétation

 

Les chiffres sur l’emploi et le chômage des plus jeunes sont souvent présentés de manière plus catastrophiste qu’ils ne le méritent. En effet, beaucoup de commentateurs ont en tête les taux de chômage et d’emploi des 15-24 ans, des données de référence établies pour la France par l’Insee.

Une erreur de base est souvent commise dans l’interprétation de ces taux. Le taux de chômage est ainsi presque toujours calculé en pourcentage de la population active, les définitions des deux concepts – chômage et activité – étant généralement celles du Bureau international du travail (BIT). Ainsi, de manière simplifiée, est considéré comme actif quelqu’un qui est en emploi ou qui en recherche un de manière active et se trouve disponible pour l’exercer. A contrario, les autres catégories de la population sont classées dans les inactifs. Parmi les adultes, les inactifs regroupent notamment les retraités et les étudiants. Or, chez les 15-24 ans, la proportion d’étudiants est très élevée, et elle a notamment bondi avec la massification des études supérieures depuis les années 1970.

Ainsi, plus de 60% des 15-24 ans sont aujourd’hui des « inactifs » au sens statistique.

La population en emploi, qui est par définition un sous-ensemble de la population active, a donc reculé à peu près de la même façon, modulo les évolutions conjoncturelles. Il est donc normal que le taux d’emploi des 15-24 ans soit bien plus faible aujourd’hui qu’il y a 30 ans.

Le taux de chômage, calculé en proportion de la population active, ne porte donc que sur cette dernière, dont on a vu qu’elle est aujourd’hui inférieure à 40% de la classe d’âge des 15-24 ans. En conséquence, lorsqu’il est évoqué un taux de chômage par exemple proche de 25% des 15-24 ans, cela ne signifie pas qu’un jeune sur quatre est au chômage parmi les 15-24 ans. La bonne proportion est plutôt proche d’un sur dix, puisqu’un peu plus de six jeunes sur dix ne font pas partie de la population active.

Le taux de chômage des jeunes tend à être souvent plus élevé que le taux de chômage de l’ensemble de la population en âge de travailler, notamment car les populations les plus qualifiées sont par construction encore majoritairement en formation entre 15 et 24 ans. Il y a donc un biais défavorable structurel dans le taux de chômage des 15-24 ans, puisqu’il porte sur une population qui a stoppé au moins temporairement sa formation initiale assez tôt, incluant notamment tous les « décrocheurs » du système scolaire, sortis de celui-ci sans qualification validée.

L’écart est donc considérable, et a eu tendance à s’accroître même d’un point de vue relatif. Toutefois, là aussi, la massification de l’enseignement supérieur rend cette évolution assez logique : la part des 15-24 ans hors système scolaire est par nature plus fragile aujourd’hui, où elle est beaucoup plus faible, que lorsqu’une grande majorité de la classe d’âge travaillait ou cherchait un emploi.

Il est donc important, pour apprécier l’importance du phénomène du chômage chez les jeunes, de mesurer en plus du taux de chômage la proportion de l’ensemble de la classe d’âge concernée par le chômage. On observe dès lors une évolution beaucoup moins marquée. La part des 15-24 ans au chômage a été la plus élevée au milieu des années 80 et, depuis la crise de 2008-2009, se situe autour de 9% de la classe d’âge.