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Economie : Hollande est-il vraiment nul ?

Au plus bas dans les sondages, le président de la République a de nouveau heurté beaucoup de Français en reprenant lors de son allocution du 14 juillet son antienne du « ça va mieux », entamée il y a trois mois lors de l’émission « Dialogues citoyens » du 14 avril dernier. Au-delà de l’évolution récente de la situation et de la pertinence de cette formule, le quinquennat est-il aussi catastrophique au plan économique que le décrivent beaucoup ? Analyse comparée avec les évolutions des pays voisins et les performances des quinquennats précédents.

Le chômage et l’emploi

Le chômage et l’emploi, c’est évidemment le terrain le plus scruté et le plus commenté, parce que le plus sensible pour chacun, mais aussi parce que l’exécutif et le président l’ont installé eux-mêmes comme l’alpha et l’oméga. Ce sur quoi ils seraient jugés, de manière quasi-exclusive, après notamment la promesse hasardeuse, dès 2013, d’une « inversion de la courbe » du chômage.

Une promesse qui, par ailleurs, s’appuyait sur un indicateur souvent secondaire ailleurs mais de loin le plus médiatique en France : le nombre d’inscrits à l’assurance chômage. Dans ce domaine, François Hollande vit une forme de calvaire, même si la situation s’est à peu près stabilisée depuis mai 2015, et même légèrement améliorée depuis février dernier.

Le bilan selon cet indicateur est donc très lourd, puisque de mai 2012 à juin 2016, on compte environ 600 000 inscrits supplémentaires en catégorie A et 1 080 000 en catégories A, B et C, en métropole (données CVS-CJO).

En comparaison de ses prédécesseurs, Hollande fait un peu moins pire que Sarkozy et nettement moins bien que Chirac sur les quatre premières années du quinquennat.

Mais on observera que la progression du nombre de demandeurs d’emploi a suivi des cycles différents en fonction de l’activité économique au cours de chacun de ces mandats. Ainsi, la hausse suit à peu près la même pente au cours des trois premières années des quinquennats Chirac et Hollande, avant de diminuer nettement pour le premier avec le raffermissement de la croissance. Un cycle dont bénéficie également Nicolas Sarkozy au début de son mandat, avant que la crise de 2008-2009 entraîne une hausse brutale des demandeurs d’emploi.

Cette statistique, outre qu’elle ne tient aucun compte de l’augmentation régulière de la population active en France, est par ailleurs parasitée par des erreurs potentielles dans la gestion des inscrits à Pôle emploi et surtout par des effets d’incitation au maintien dans ce statut de populations qui ne sont pas des chômeurs au sens du BIT (c’est à dire, pour simplifier, n’ayant pas du tout travaillé dans la période de référence et étant disponible immédiatement pour occuper un emploi).

Ainsi, au moins deux phénomènes très spécifiques caractérisent l’évolution des inscrits à Pôle emploi ces dernières années : l’explosion du nombre d’inscrits de plus de 60 ans avec l’entrée en vigueur en juillet 2011 de la réforme des retraites de 2010, qui repousse progressivement l’âge minimal de liquidation des droits (jusqu’à 62 ans à partir de 2018), conduisant dès lors à rester quelques mois de plus inscrit à Pôle emploi après 60 ans ; le maintien sur les listes de Pôle emploi de travailleurs à temps plein (en catégorie C), en situation d’emploi précaire ou désireux de changer d’emploi.

Environ 150 000 nouveaux inscrits en catégorie A à Pôle emploi depuis mai 2012 peuvent ainsi être attribués à ce changement de réglementation sur l’âge de liquidation de la retraite, soit un quart des nouveaux inscrits du quinquennat Hollande.

Là aussi, le phénomène d’inscription comme demandeurs d’emploi en catégorie C de personnes travaillant à temps plein a pris une ampleur exceptionnelle à partir de début 2013, expliquant une bonne partie de l’emballement de la statistique globale (d’autant que la hausse était également très forte pour les personnes travaillant au moins 120 heures).

Ces deux comportements nouveaux ne sont pas en eux-mêmes significatifs de l’évolution réelle du marché de l’emploi et du chômage.

Pour apprécier celle-ci, il est préférable de s’intéresser à d’autres indicateurs, et notamment la variation de l’emploi salarié marchand et le taux de chômage.

Ce dernier a ainsi commencé à reculer depuis la mi-2015. Si « inversion de la courbe » il peut y avoir pour François Hollande, il y a plus de chance que cela se traduise sur cet indicateur, beaucoup plus important que le nombre d’inscrits à Pôle emploi.

Là aussi, la comparaison entre les quinquennats retrace bien sûr les cycles économiques des différentes périodes.

Ainsi, la fin du quinquennat de Jacques Chirac et le début de celui de Nicolas Sarkozy sont marqués par un net recul du taux de chômage, qui explose en revanche de 2,5 points en 20 mois pendant la crise de 2008-2009.

Au regard de ce critère, François Hollande pourrait plaider avoir la meilleure performance au bout de 4 ans de mandat, étant à peu près revenu à son niveau de départ contrairement à ses deux prédécesseurs à la même date.

Pour essayer d’apprécier ces évolutions indépendamment des cycles, il est bien sûr tentant de s’intéresser aux performances relatives de la France en matière de chômage par rapport à d’autres pays étrangers. Pour autant, ceux-ci peuvent connaître leurs propres cycles, différents de ceux de la France.

Ainsi, la comparaison – fréquente – entre la France et la zone euro est polluée sur la période par le cycle des pays du Sud, très violemment secoués par la crise de 2008, avant de se redresser de manière significative depuis 2013 (l’Espagne, à elle seule, impactant beaucoup le niveau de chômage de la zone euro, regroupant près de 30% des chômeurs de la zone).

La France a clairement fait moins bien que l’Allemagne et la zone euro au cours du mandat de François Hollande. A contrario, du fait justement de la crise des pays du Sud, la France a fait mieux que la zone euro sous Nicolas Sarkozy. Mais c’est pendant ce même quinquennat qu’elle accuse en revanche sa plus forte contre-performance en matière de chômage par rapport à l’Allemagne, son concurrent le plus important.

Enfin, plutôt que de regarder l’évolution du taux de chômage et surtout du nombre d’inscrits à Pôle emploi, l’évolution de l’emploi salarié devrait retenir l’essentiel de l’attention (comme c’est le cas par exemple pour les statistiques du marché du travail aux Etats-Unis).

En la matière, on retrouve naturellement l’impact des différentes phases économiques sur l’emploi depuis le début du siècle. La France reste ainsi très loin aujourd’hui de son niveau d’emploi salarié dans le secteur marchand atteint en 2008.

Si l’on s’intéresse aux variations respectives durant les trois quinquennats, on observe que l’évolution sur les quatre premières années place le mandat Hollande un peu en deçà mais assez proche de celui de Chirac, et avec une pente similaire à ce stade du quinquennat, tandis que les destructions ont été fortes au cours du quinquennat Sarkozy, lourdement frappé par la crise de 2008-2009.

La croissance

Comme cela a été indiqué pour le chômage et l’emploi, le cycle de croissance a été différent au cours des trois quinquennats étudiés, ainsi qu’entre la France et les autres pays européens au cours de la même période.

A ce titre, la conjoncture sous le quinquennat Hollande apparaît intermédiaire, moins favorable que celle du quinquennat Chirac, mais sans crise aiguë comme lors du mandat Sarkozy. Pour autant, les écarts entre les trois quinquennats restent limités : des croissances trimestrielles moyennes de 0,42, 0,06 et 0,23% sous les mandats respectifs de Chirac, Sarkozy et Hollande au bout de 4 ans.

Il pourrait donc être considéré qu’avec ces écarts de croissance, les résultats en matière de chômage et d’emploi devraient être meilleurs pour Hollande que Sarkozy (ce qu’ils sont) et sensiblement moins bons que lors du quinquennat Chirac (ils sont légèrement inférieurs mais proches).

Là encore, toutefois, la comparaison intra-européenne retiendra l’attention. Comme cela a déjà été évoqué précédemment, elle n’est toutefois pas aisée car chacune des économies voisines a pu enregistrer des évolutions propres au cours de la période. Ainsi, l’Italie, dont la croissance était déjà atone, n’a pas réussi à se remettre de la crise. Le Royaume-Uni a enregistré une très forte croissance jusqu’en 2007 puis à nouveau à partir de 2012. L’Espagne, en plein boom jusqu’en 2008, a chuté très lourdement avant de rebondir depuis 2013. L’Allemagne et la France sont presque au même point 14 ans après, malgré un plongeon et une reprise plus forts de la première en 2008-2009 compte tenu de la force de ses exportations.

Cette différence de conjonctures nationales ne rend pas aisée l’appréciation des performances relatives en matière de croissance de chacun des quinquennats. C’est sous le quinquennat de Jacques Chirac que la France creuse le plus l’écart avec une Allemagne qui finit son cycle de réforme et c’est lors du mandat de Nicolas Sarkozy que la comparaison avec notre voisin est la plus défavorable. Hollande fait un peu mieux que Chirac vis-à-vis de la moyenne de la zone euro, mais moins bien que Sarkozy, à nouveau aidé dans cette comparaison par la grave crise des pays du Sud au cours de son mandat.

Difficile d’évoquer donc au titre de ces comparaisons intra-européennes une sur ou une contre-performance de tel ou tel mandat en matière de croissance.

Les finances publiques

L’évolution des finances publiques est elle aussi dépendante des cycles économiques mais aussi, plus largement que la croissance ou l’emploi, des choix des pouvoirs publics.

En matière de dépenses publiques, la variation très forte vient naturellement du quinquennat Sarkozy : +4,6 points entre 2007 et 2012. En revanche, elles représentent un poids tout à fait similaire entre le début et la fin du quinquennat Chirac (-0,1 point) tout comme entre 2012 et 2015 (+0,2 point, après un plus haut en 2014). D’après la Commission européenne, elles devraient être en 2017 inférieures de 0,9 point à leur niveau de 2012.

La situation est un peu différente en matière de prélèvements obligatoires. Si comme les dépenses leur niveau a peu bougé sous le quinquennat Chirac (-0,2 point), ils ont fortement reculé en 2009 (plan de soutien à l’économie pendant la crise et année de transition très favorable aux entreprises dans le cadre de la réforme de la taxe professionnelle), avant de brusquement augmenter de 2010 à 2013, à cheval sur deux quinquennats (+3,5 points) puis de se stabiliser depuis. La hausse aura été finalement de 1,7 point de 2007 à 2012, de 0,9 point depuis (avec un recul attendu de 0,6 point entre 2015 et 2017 d’après la Commission européenne).

Cette forte hausse des prélèvements obligatoires de 2010 à 2013 aura été en fait le moyen privilégié à la fois sous Sarkozy et Hollande pour faire face à la hausse des dépenses publiques et contenir puis réduire le déficit public. Celui-ci avait peu évolué lors du quinquennat Chirac (-0,6 point, compris entre -3,9 et -2,3% du PIB), avant d’atteindre 7,2% en 2009 au plus fort de la crise, pour diminuer progressivement jusqu’à -3,6% en 2015. Au final, l’augmentation du déficit aura été de 2,3 points de 2007 à 2012, la réduction de 1,2 point de 2012 à 2015. La Commission européenne attend une diminution supplémentaire de 0,3 point du déficit d’ici 2017, tandis que le gouvernement continue d’affirmer son objectif d’un déficit d’au plus 3% du PIB à cette échéance.

La situation de l’endettement public traduit l’évolution du déficit et celle des cycles économiques : une dégradation relative entre 2002 et 2007 (+4,3 points), une hausse violente entre 2007 et 2012 (+25,2 points), une nouvelle augmentation plus contenue depuis (+6,5 points de 2012 à 2015).

Au-delà des cycles, les comparaisons internationales peuvent contribuer à éclairer l’évolution du déficit français. L’Allemagne a ainsi réduit spectaculairement son déficit à néant entre 2002 et 2007, contrairement à la France. Et elle a réussi à revenir rapidement à cette situation d’équilibre budgétaire malgré le trou de la crise, faisant là aussi beaucoup mieux que la France entre 2007 et 2012. Depuis, sa situation tend naturellement à se stabiliser, étant déjà excédentaire, la France essayant de remédier progressivement sa situation de déficit excessif, à un rythme toutefois moindre que la zone euro en moyenne.

Plus encore qu’avec la comparaison entre pays, les performances des finances publiques peuvent s’apprécier grâce à l’évolution des composantes structurelles des différents agrégats. S’agissant du déficit, le quinquennat Chirac apparaît ainsi n’avoir accompli aucun effort particulier (+0,1 point). Sous Sarkozy, le déficit structurel va glisser avec la crise avant d’être redressé pour revenir proche de son point de départ (-0,2 point). L’effort le plus significatif aura donc été accompli sous Hollande (-1,6 point entre 2012 et 2015, la Commission européenne prévoyant une légère dégradation d’ici 2017).

Il est souvent reproché à François Hollande d’avoir engagé cette réduction des dépenses publiques au seul moyen d’une hausse des impôts. Même si celle-ci a joué le rôle majeur, la composante structurelle des dépenses publiques a reculé de 0,4 point entre 2012 et 2015, et devrait diminuer d’autant d’ici 2017 selon la Commission européenne. En revanche, ce même indicateur a augmenté de 0,6 point lors du quinquennat Chirac et de 2,1 points avec Sarkozy.

Conclusion

Bien d’autres indicateurs pourraient être étudiés afin d’analyser la performance économique des gouvernements, même si l’action de ces derniers n’a parfois qu’une influence limitée sur leurs évolutions.

Par exemple, en matière de pouvoir d’achat des ménages, la progression aura été forte sous Chirac (+6,5%), tandis que le mandat de Sarkozy se sera traduit in fine par une parfaite stagnation. Sous Hollande, après une phase de recul, il tend à s’améliorer depuis 2 ans, le gain étant au total limité, à 0,9% depuis le début du quinquennat.

Dans un autre registre, l’évolution du taux de marge des entreprises est un indicateur de référence pour évaluer leur santé. Après s’être apprécié sous Chirac (+1,5 point), il va se détériorer fortement lors du quinquennat Sarkozy, les entreprises étant violemment frappées par la crise (-3,3 points). Depuis l’élection de Hollande, s’il a continué à se détériorer pendant plusieurs trimestres, il s’est ensuite nettement redressé (+1,9 point entre le deuxième trimestre 2012 et le premier trimestre 2016), sous l’effet à la fois de facteurs exogènes comme la baisse du prix du pétrole et du fait de décisions gouvernementales comme le CICE et le pacte de responsabilité.

Au final, les cycles économiques ont bien une influence majeure sur l’économie française comme sur celle des pays voisins, et il est douteux que l’action d’un gouvernement d’un seul pays infléchisse sensiblement une trajectoire de croissance résultant de très nombreux facteurs dans un contexte d’économies de plus en plus interdépendantes. Mais pour ce qui peut en être observé, rien n’indique une contre-performance particulière du quinquennat en cours en comparaison des précédents sur le front de l’économie.