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Le chômage recule, mais la réforme des retraites pèse lourd

Après la publication par l’Insee d’un taux de chômage en recul de 0,3 point au deuxième trimestre 2016, beaucoup de commentateurs ont mis en doute la matérialité de cette baisse, invoquant par exemple la hausse du halo autour du chômage, le plan de 500 000 formations de demandeurs d’emploi actuellement mis en oeuvre ou même la pertinence du chômage au sens du BIT, la définition qui est utilisée pour déterminer le taux de chômage.

Pour autant, au-delà d’un scepticisme compréhensible à l’égard de la politique économique du gouvernement et donc de tout ce qui pourrait laisser croire à sa réussite, ce recul est réel, aucune des critiques formulées n’étant très étayée. Et surtout, le chômage serait beaucoup plus faible sans deux réformes de ces dernières années ayant visé les seniors.

Le chômage recule d’abord parce que l’emploi augmente

1) Le taux de chômage, indicateur de référence

Si la France se singularise par la prééminence donnée au chiffre mensuel des inscrits à Pôle emploi, le taux de chômage est l’indicateur majeur dans beaucoup de pays. C’est notamment le cas aux Etats-Unis, avec deux indicateurs largement plus suivis que les autres pour caractériser le marché du travail, le taux de chômage et l’évolution du nombre d’emplois. Mais il est vrai que ces données y sont publiées sur une base mensuelle, et non trimestrielle comme en France, ce qui peut expliquer leur moindre médiatisation.

Le taux de chômage est un indicateur plus pertinent que des inscrits à l’assurance chômage ne serait-ce que parce qu’il tient compte au dénominateur de la population concernée. Ce qui permet des comparaisons pertinentes entre pays et dans le temps. De surcroît, il repose sur une définition unifiée à l’échelle mondiale, celle du BIT. On peut la considérer restrictive, mais cela vaut pour tous les pays. A titre d’exemple, beaucoup de « travailleurs » au sens du BIT dans des pays voisins où le temps très partiel est beaucoup plus développé qu’en France seraient inscrits à Pôle emploi dans notre système. Ce n’est donc pas un indicateur qui « avantage » particulièrement la France, probablement plutôt le contraire.

2) Le halo autour du chômage fluctue à niveau très élevé depuis un certain temps

Le « halo autour du chômage », qui permet dans l’enquête de l’Insee de recenser ceux qui ne sont pas considérés comme chômeurs mais qui voudraient un emploi, est très élevé depuis de nombreux trimestres. En l’occurrence, s’il a augmenté au cours des trois derniers, il avait baissé d’autant au cours deux précédents. Le niveau du halo autour du chômage est ainsi identique au second trimestre 2016 à son niveau du 1er trimestre 2015. Mais entre temps, le taux de chômage a diminué de 0,4 point, malgré une augmentation de 0,3 point du taux d’activité chez les 15-64 ans (c’est à dire de la part d’entre eux en emploi ou au chômage).

L’évolution du halo ne remet pas en cause la tendance nette d’amélioration sur le front du chômage au cours des derniers trimestres. Et celle-ci est corroborée par l’évolution de l’emploi : l’emploi salarié marchand a augmenté de 181 000 depuis le début 2015, pour retrouver son niveau du début du quinquennat Hollande. Dans le même temps, le taux d’emploi des 15-64 ans est à son plus haut depuis fin 2008 !

3) Le plan de 500 000 formations

Naturellement, l’annonce de ce plan a été perçue par beaucoup comme une tentative de maquiller les chiffres du chômage. Mais contrairement à beaucoup d’idées reçues, l’effet du plan sur les statistiques du chômage est traçable et d’une importance discutable. Traçable, car à Pôle emploi, ces chômeurs vont simplement passer en catégorie D (pour l’essentiel à partir de la catégorie A), et pour la durée souvent très courte desdites formations. En l’absence d’emploi à leur issue, ils retourneront en catégorie A (ce qui peut se faire au sein d’un même mois, les données Pôle emploi ne prenant une « photo » du nombre d’inscrits qu’en fin de mois). Ces formations vont par ailleurs s’étaler sur toute l’année, selon les régions et en fonction de la capacité à mettre en place les formations, l’objectif étant fixé sur l’ensemble de l’année 2016. Enfin, il est probable qu’une partie des formations qui seront réalisées toucheront des publics auxquels de toute façon des formations auraient été proposées en l’absence de ce plan, un volant toujours important de demandeurs d’emploi étant en formation.

Si de telles formations peuvent donc temporairement sortir des personnes des statistiques des chômeurs au sens du BIT en cours d’année, l’importance du phénomène sera visible à la fois dans le halo du chômage et bien sûr en catégorie D de Pôle emploi (qui regroupent d’autres types de chômeurs dispensés de recherche, par exemple ceux en arrêt maladie). Or, au cours du deuxième trimestre 2016, celle-ci n’a augmenté que de 20 000 en moyenne par mois par rapport à son niveau du premier trimestre, loin de la baisse du chômage enregistrée entre les deux périodes.

Sans la réforme des retraites, le chômage aurait reculé bien davantage

C’est l’angle mort principal de l’analyse du chômage dans le débat public en France au cours des dernières années : la fin de la dispense de recherche d’emploi, engagée en 2008, et la réforme des retraites de 2010, entrée en application à partir du 1er juillet 2011, ont eu un effet massif sur le niveau du chômage en France aujourd’hui.

La dispense de recherche d’emploi, qui sortait des chômeurs proches de la retraite de la catégorie A de Pôle emploi et des chômeurs au sens du BIT, a été engagée à partir de 2008, en repoussant progressivement l’âge d’accession à ce dispositif, puis, à compter de 2012, en fermant son accès à de nouveaux bénéficiaires. Alors que le « stock » de chômeurs en DRE pour raison d’âge était proche de 400 000 en 2007 (dans une situation économique encore favorable), il s’est éteint fin 2015.

Parallèlement, la réforme des retraites de 2010 a notamment décidé le relèvement de deux ans de l’âge de liquidation des retraites, de 60 à 62 ans, avec un étalement de la mesure entre la mi-2011 et 2018. Même si le dispositif « carrière longues » voté par la nouvelle majorité en 2012 permet à une petite partie d’entre eux de continuer à liquider plus tôt leur retraite, les plus de 60 ans doivent donc patienter de plus en plus pour liquider leurs droits, restant dès lors soit en emploi, soit au chômage. L’effet sur le taux de chômage est double, car il s’agit d’autant de personnes qui soit continuent d’occuper des emplois qui auraient pu revenir en partie à des plus jeunes s’ils étaient partis en retraite, soit restent inscrits plus longtemps au chômage.

Les effets sur les inscrits à Pôle emploi sont ainsi flagrants pour les plus de 60 ans avec le recul de l’âge de liquidation intervenu à compter de la mi-2011, alors que leur effectif était auparavant négligeable (les sans emploi de plus de 60 ans ayant intérêt à liquider leur retraite).

Il se voit également chez les 55-59 ans dans la période 2008-2012 au titre de la décrue des potentiels bénéficiaires de la DRE, qui ont gonflé les rangs de la catégorie A de Pôle emploi.

Comme évoqué précédemment, la réforme de 2010 (et dans une moindre mesure la fin de la DRE, certains seniors reprenant un emploi de ce fait tandis qu’ils y auraient renoncé auparavant dans le cadre de la DRE) contribue aussi à augmenter fortement le taux d’emploi à âge élevé. Là aussi, l’inflexion de la courbe du taux d’emploi à partir de 2011 est flagrante.

Si l’impact de la réforme de 2010 est facilement quantifiable pour ce qui concerne le surcroît d’inscrits à Pôle emploi (environ 190 000), il est plus difficile d’apprécier l’impact de la fin de la DRE sur les inscrits de 55 à 59 ans. On peut toutefois observer que les taux de croissance des demandeurs d’emploi est beaucoup plus rapide pour les 55-59 ans que dans l’ensemble de la population de 2008 à 2012, tandis que les taux d’évolution sont assez similaires depuis. Si, sur l’ensemble de la période, les deux contingents avaient connu la même croissance dans le cadre du maintien de la DRE, il y aurait environ 200 000 inscrits de moins en catégorie A de 55 à 59 ans.

Enfin, il est plus difficile de mesurer l’impact de ces réformes sur la forte croissance du taux d’emploi des plus de 55 ans (d’autant que les données sur les seuls plus de 60 ans ne sont pas disponibles). Contrairement aux inscrits au chômage qui ne le seraient pas en l’absence des réformes précitées, la part nouvelle de seniors qui se maintiennent en emploi n’aurait pas forcément conduit à un nombre identique de chômeurs en moins. Il est ainsi possible que des départs en retraite plus précoces n’auraient pas été remplacés, par choix de l’entreprise, ou encore en absence de compétence identique disponible sur le marché du travail. Par ailleurs, l’emploi n’est évidemment pas préfixé, et ces postes occupés par des seniors créent de l’activité qui génère aussi des emplois. Cependant, une partie de ces emplois « libérés » par des départs en retraite auraient profité, au moins de manière indirecte, à des offres d’emploi pour d’actuels chômeurs (dont une partie de plus de 55 ans déjà comptabilisés plus haut…). Là aussi, au moins temporairement, ces emplois occupés plus longtemps ont un impact sur le niveau du chômage.